05 décembre 2007
Tendre animal aux seins troublants
Blonde Redhead - 23
23, c’est le chiffre de la malchance, c’est le nombre de coups de couteau que reçut César ; au dix-neuvième siècle à l’époque où Michael Jordan était le numéro 23 des Chicago Bulls, 23 signifiait se casser, prendre le large. C’est peut-être cette dernière hypothèse qu’il faut retenir pour expliquer le nom du nouvel album de Blonde Redhead. Le trio New Yorkais fuit la pop parfaite de leur précédent opus « Misery is a butterfly » qui était un délice amer dans son écrin de spleen, hautement recommandable.
Dès les premières notes d’ouverture, le La est donné. Point de violons sirupeux, point de guitares nacrées de soie des Indes, point de batterie en bois rare de Macao, mais deux doigts glissant sur les touches d’un piano de chambre, les sons se perdent dans un océan de réverbération. Blonde Redhead s’ébat cette fois dans un shoegaze romantique. Le Shoegaze étant un mouvement musical dans l’Angleterre du début des années 90 qui avait la particularité de compter dans ses rangs suffisamment d’adolescents timides pour gagner le sobriquet de « ceux qui regardent leurs chaussures ». Mais chez Blonde Redhead, la timidité n’est pas de mise, si l’on floute les contours, ce n’est pas pour se réfugier derrière, mais pour que des strates de l’étrange voix lumineuse de Kazu viennent régulièrement déchirer les brouillards de réverbération. Pendant que des cascades de guitares écumantes se déversent dans un torrent d’émotions embuées. Rien de bien révolutionnaire, Mylène Farmer a abusé de la formule, jusqu'à ce point de non-retour que fut Innamoramento et la bouillie sonore qui s’en suivit. Mais Blonde Redhead n’en n’est pas encore là et nous laisse dans cet état où les pensées charnelles refluent, où les sens cavalent bride abattue, où se perdent les hommes.
Commentaires
J'avoue que j'ai préféré Misery... mais 23 est excellent aussi. Bel article.
Titre du commentaire :
23 est un faux chiffre ésothérique, reservit à toute les sauces dans un tas de roman mystique (Illuminatis Trilogy...) depuis la moitié du VINGTIEME siècle (le même que celui de Jordan, à moins qu'il jouait avec des ballons confectionnés en panse de mouton) et reférencé dans la musique (Genesis P. Oridge, Blonde Redhead, KLF...) et par le cinéma (un ignoble film récemment sorti avec Jim Carrey dans le premier rôle). Mais le mystère autour de ce chiffre viendrait apparement d'une remarque de William S. Burroughs. Le 23 est un véritable phénomène culturel!
ym.
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